Un casque audio pété, cracher ses poumons depuis une semaine, avoir une désagréable impression d'être un objet sexuel à défaut de quelque chose de plus passionnel.
Voilà, ça manque beaucoup de passion en ce moment vous trouvez pas ? Y a comme un sentiment d'emmerdement maximum dans l'air, de répétition de faits et de coutumes tellement chiants que tout cela parait intemporel : manifestations contre un décret plutôt qu'un système, échec sentimental plutôt qu'échec au pieu.
Il manque la flamme, celle qui allume le Molotov ou les sens qu'importe. Les deux sont aussi belles, dangereuses et fascinantes. Il manque le vent de la liberté qui souffle dans les rangs ou dans ses cheveux, il manque le bonheur qui nous fait rire et rend son sourire si beau, il manque les paroles transformées en discours vains ou textos pour choper, il manque le lieu, le moment, les personnes.
Avant la flamme ? Ah oui ! ... L'étincelle, qu'on ne peut saisir si l'on réfléchit avant car elle se sera éteinte. On dit souvent que la spontanéité est aux antipodes d'un comportement "raisonnable". Je conchie le comportement raisonnable, on peut bien raisonner autant qu'on veut, si l'on néglige nos intuitions ou nos folies passagères on ira pas bien loin.
Et pourtant, j'ai comme l'impression que ces moments se font de plus en plus rares, que nous nous faisons tous plus distants. Des rencontres plus brèves, plus charnelles. Des poussées de rage, des coups d'éclat. Et le calme plat, anesthésiant, lénifiant, débilitant même ! En tout cas quand il est subi.
Tout cela contribue à l'ambiance "d'emmerdement maximum". Et bordel de merde une marche de nuit dans la ville n'a rien à voir avec la même dans les montagnes, et n'a pas les mêmes effets. En ville, tu te sens prédateur, sur les gardes. En dehors, c'est plutôt communion avec la nature.
Je ferai mieux de dormir mais c'est pas possible, les insomnies ne sont pas régulières mais reviennent me titiller après de longs mois paisibles de sommeil. Salopes. Croyez-moi, c'est après s'être tapé des mois d'insomnies qu'on réalise la véritable valeur du sommeil, avant j'étais plutôt du genre à dormir le moins possible pour faire le plus de choses possibles de mes journées et de mes nuits. Maintenant c'est un peu la même, mais je kiffe dormir.
Enfin quand j'y arrive.
Tiens ça faisait longtemps que j'avais pas dérivé sur mes petits problèmes de la vie, alors autant continuer non ? Je crois que j'ai pas coupé la musique depuis au moins 7 ou 8 heures et j'arrive plus vraiment à la dissocier de mon cerveau. J'écrit même cet article en faisant attention au rythme de ce qui passe (bon là c'est Boris Vian donc ça marche pas trop).
Ce petit spleen à la con, je pense qu'il vient du fait que je suis à Montpellier depuis trois semaines déjà. Trois semaines à me taper de la ville alors que je supporte de moins en moins cet espace. J'arrive jamais à expliquer mon ressenti à mes potes parce que je ne trouve pas les mots... ce n'est pas tout à fait l'ambiance, ni l'atmosphère, ni l'état d'esprit mais un peu des trois, et je le ressens "à l'intérieur de mon corps" (oui je sais, on perd pas mal de crédit généralement après avoir dit ça). Alors OK, Montpel' ça bouge, c'est jeune et tout ça, mais y a quelque chose de pourri dans cette ville et qui la gangrène dans l'indifférence générale...
Anyway, je crois qu'il est temps d'arrêter, buena noche, je m'en vais festoyer dans les sources d'eau chaude de mes montagnes.
