Lundi 29 juin 2009 à 11:26
Pas plus tard qu’hier, une très proche amie m’a demandé si j’avais un but dans ma vie.
Spontanément, je lui ai répondu que mon but était d’être heureux tout au long de mon existence et que je n’aspirai à rien d’autre.
A croire que j’ai une image de type altruiste : mon amie a fait les gros yeux et m’a posé une autre question : « Mais.. T’as pas envie d’aider les gens ou un truc du genre » ?
Sur le coup j’ai rigolé, ce n’est que plus tard que j’ai repensé à la portée de ses propos, que l’on pourrait formuler ainsi : le bonheur personnel est l’antithèse du bonheur collectif.
Bien sûr, nous sommes dans une société individualiste avec toutes les conséquences qui en découlent… Mais cette idéologie a tellement bien parcouru son chemin qu’aujourd’hui on en arrive à considérer l’altruisme, le désintérêt personnel et la primauté du groupe sur l’individu comme de lointaines notions superflues à tendance communiste ou comme une composante culturelle uniquement présente en dehors de nos démocraties de marché.
Partant de ce principe, peut-on considérer nos sociétés libérales et individualistes comme des sociétés niant l’intérêt collectif et le « don de soi » comme épanouissement personnel ?
Il est permis de le penser.
En effet, bien que le modèle de nos sociétés repose sur deux valeurs fondamentales à savoir l’égalité et la liberté, il faut considérer ces deux valeurs d’un point de vue libéral.
Pour la plupart d’entre nous, l’égalité et la liberté sont deux valeurs indissociables des démocraties de marché que l’on doit protéger à tout prix et tenter de faire perdurer tout au long de notre vie et pour le plus grand nombre. Ainsi, tout au long de notre vie l’intérêt collectif serait préservé (à travers l’égalité) tout en permettant l’épanouissement de l’individu (à travers la liberté) : le résultat est un modèle idyllique et utopique permettant la progression de l’Humanité et de chaque personne en son sein, perfection sans cesse recherchée mais bien évidemment jamais atteinte.
Cette définition de la société autour des valeurs d’égalité et de liberté est ancrée dans nos mœurs depuis longtemps et pour un nombre relativement élevé de personnes, cependant et c’est bien là l’ironie de la situation, la pensée libérale ne va pas du tout dans ce sens.
Car en effet, le modèle libéral prévient d’entrée : c’est la liberté - sous entendu de l’individu - qui prime avant tout.
Dans le modèle libéral, l’égalité n’est plus une valeur mais un moyen d’atteindre la liberté : c’est par l’égalité que l’on crée toutes les conditions d’une « course à la liberté » que ne remporteront que quelques individus. Si l’égalité n’était pas assurée au « départ », il serait moralement difficile d’ériger la liberté individuelle comme le Graal de nos sociétés.
On retrouve d’ailleurs cette base du libéralisme dans nombre de discours de nos politiques, discours que l’on pourrait vulgairement traduire comme ceci : « on fait en sorte que les dés soient le moins pipés possible alors si vous ne réussissez pas c’est que vous ne le méritez pas ».
Cette égalité de façade est génératrice d’inégalités bien réelles cette fois puisque si chaque individu part - en théorie - avec les mêmes capacités qu’un autre, nombreux sont ceux qui s’échouent en cours de route. Très peu le font par choix.
Le fait est que cette égalité de base crée une situation de concurrence totale entre les individus, chacun peut en théorie arriver au sommet, ceux qui sont restés en marge sont donc forcément des fainéants, des inadaptés… bref, des individus non valorisables par la société ni par les autres.
Ce modèle compétitif a grosso modo deux extrêmes : le chômeur de longue durée, peu diplômé se voit opposé la réussite insolente des « self-made-(wo)men ». Ce que le modèle libéral oublie bien sagement de nous dire, c’est que la plupart de ces self-made-(wo)men ont réussi par des coups de pot extraordinaires ou par des spéculations lors de l’apparition de nouvelles « bulles » financières. Il s’agit ici plus de flair que de réussite sociale et scolaire.
L’autre extrême, plus véridique, serait plutôt celui d’un individu bardé de diplômes et de relations lui permettant de se frayer un chemin jusqu’au plus haut niveau.
Mais revenons-en à notre sujet de départ : la négation de l’intérêt collectif au profit de l’individu.
Cette négation n’est pas apparue brutalement il y a quelques années : c’est un long travail de fond, presque invisible qui s’est opéré depuis l’apparition du capitalisme et plus généralement à partir de la Révolution Industrielle.
La disparation des « classes » en est à la fois le moteur et le résultat : le capitalisme, par la hausse générale des profits et l’amélioration du niveau de vie a favorisé l’émergence des classes bourgeoises et ouvrières, classes qui elles-mêmes finissent peu à peu par disparaitre au profit d’une seule et même « super-entité de classe » : les fameuses classes moyennes.
Ces classes moyennes n’ont plus ce que l’on appelle une « conscience de classe », c’est-à-dire la capacité à se mobiliser pour la survie ou la suprématie de sa classe. En effet, les classes moyennes regroupent une foultitude d’individus qui n’ont rien d’autre en commun que la volonté de maintenir ou d’améliorer leur niveau de vie. S’y entremêlent des aspirations et des idéologies très différentes alors que c’était beaucoup moins le cas dans des classes plus « figées » comme la classe ouvrière.
Ces multitudes d’aspirations, de revendications et cette concurrence permanente ont peu à peu érodé la conscience de classe pour faire de la classe moyenne une somme d’individus.
En fait, la classe moyenne n’en est pas une, elle est même le contraire d’une classe. C’est une appellation fourre-tout qui permet de caser toutes les personnes étant suffisamment riches pour satisfaire le minimum décent (nourriture, logement, soins, habillement, éducation…) mais pas assez pour prétendre graviter autour des hautes sphères de l’Etat ou de la finance, peu importe tant elles sont entremêlées.
Si le modèle théorique libéral, inspiré de l’idéal judéo-grec, voit la liberté individuelle comme la finalité de l’individu, il n’avait pourtant pas exclu la conscience collective de la société, qui est au contraire considéré comme un moteur efficace de l’économie de marché (en tant que force innovatrice ou productrice).
Cependant (et s’il vous plaît, ne me taxez pas de cynique), un individualisme poussé à l’extrême (ce vers quoi nous nous dirigeons dans nos démocraties de marché, quoi qu’on en dise) fait bel et bien les affaires des gouvernants de nos pays, puisque l’annihilation de toute pensée ou démarche collective enlève bien des problèmes. Attention, je ne dis pas que nous nous dirigeons vers un monde sans luttes, sans contestations où chacun pensera à sa personne et à rien d’autre.
Cependant, nous nous approcherons - nous nous approchons déjà - de ce modèle où l’individualisme et l’égoïsme ne feront plus qu’un. Déjà, les luttes sociales ne sont plus vues de l’intérieur comme un moyen de faire front ensemble, mais plutôt comme un moyen de préserver SES avantages et SA qualité de vie, au sens strictement personnel du terme.
La nature même des luttes a été modifié : plus question de conquérir de nouveaux avantages sociaux (ce qui nécessite un véritable mouvement collectif solidaire) mais de préserver ceux qui ont été acquis (ce qui s’inscrit dans une démarche individualiste et égoïste au sens littéral du terme).
Faut-il en déduire que nous allons tous, petit à petit, sombrer dans l’individualisme le plus primaire ?
J’aurais tendance à rester optimiste, malgré l’emprise grandissante du marché dans le monde (quoi, vous avez cru que la crise l’avait calmé ?), il reste et restera toujours des personnes qui, par choix ou non, sont et seront en marge de l’individualisme à tout prix : ces personnes vous les croiserez dans des ONG, des organisations supranationales…
En attendant, le modèle individualiste continue son expansion. Viendra un jour où l’on comprendra la futilité de la course frénétique et insensée que nous menons vers notre « épanouissement personnel », bien plus générateur de frustration de que du bonheur que nous recherchons.
Viendra un jour où l’on pourra répondre à une amie qui nous questionne sur notre but dans la vie que l’on veut être heureux, et que cette réponse sous-entendra que l’on veut le bonheur de tous.
Publié par ambre
Mardi 16 décembre 2008 à 0:29
On est en hiver, ça se sent.
Je suis à la porte depuis une heure à m’époumoner mais elle ne m’entends pas. Peut-être qu’elle a fini par se barrer, j’ai peut-être abusé avec elle.
Et bon sang, qu’il est glacial ce vent… je peux le sentir rouler sur mon échine et s’infiltrer par petites piques gelées dans mon corps tout entier. Seul mon œil borgne ne ressent pas le froid, étranger à lui comme il peut l’être à la lumière.
La porte s’ouvre. Elle était donc là, peut-être qu’elle a fait semblant de ne pas m’entendre, peut-être qu’elle a voulu me faire comprendre que je dépassais les limites avec elle… petite idiote !
Je rentre et la bouscule au passage, et je me fais pas prier pour lui gueuler dessus et lui rappeler qui est le maître ici. Elle émet quelques sons bizarres et pitoyables, comme pour essayer de se justifier mais je vois bien qu’elle n’arrive à rien, comme toujours.
Elle cède et me prépare à manger. Sa bouffe est dégueulasse, un défaut de plus dans une longue, longue liste. Elle me balance encore son charabia, inintéressant. Je préfère ne pas écouter. Puis, peut-être pour tenter une réconciliation, elle tente de m’effleurer. Je l’évite et me dirige vers le salon où le canapé m’attends.
Ah d’ailleurs la place est chauffée ! Voilà où elle était donc, posée sur MON canapé en train de regarder MA télé ! Elle m’énerve comme personne n’y arrive, j’ai envie de la défigurer pour lui faire comprendre à quel point elle m’empoisonne la vie.
Elle entre dans la pièce et s’assied à côté de moi. Vais-je réussir à la tolérer plus de quelques instants ? J’en doute. Elle met son bras autour de moi et commence à me masser la nuque. Ca fait du bien, sa présence ne m’est pas complètement inutile.
Je lui parle mais ne reçois pas de réponse. Cette imbécile est complètement obnubilée par la télé et ne me prête pas la moindre attention. Je savais bien que je n’aurais pas du me caser avec cette bonne-à-rien. Il est temps de lui faire une petite piqure de rappel.
Sa main s’approche de mon cou, j’ai horreur qu’elle me touche ici et elle le sait. Elle le fait donc exprès cette connasse. Rapide comme l’éclair, je la mords jusqu’au sang et lui griffe le bras sur une demi-douzaine de centimètres.
Les humains… de bien piètres serviteurs pour nous les chats.
Publié par ambre
Vendredi 2 mai 2008 à 19:58
Marrant, ça fait trois plombes [ enfin pour moi... ] que j'ai pas fumé et pourtant j'écris beaucoup en ce moment, c'est l'avantage d'avoir une Muse.
Donc donc donc, en ce moment, El Diablo, l'histoire d'un traficant de drogue qui essaye de garder sa position alors que de nouveaux arrivants se mêlent de son trafic.
Black Guard, encore et toujours, avec une refonte complète de l'univers et donc une réécriture totale du premier tome.
La fin des Carnets de Défonce.
Et enfin, un conte un peu foldingue sans titre pour le moment.
Voilà, c'est tout ce que j'ai à dire pour ce soir !
Publié par ambre
Samedi 29 mars 2008 à 22:18
Putain, je pisse le sang. C'est toujours ça le problème quand je m'énerve.
On m'a dit que c'était une allergie au soleil, ou une connerie du style. Mon cul, je vis que la nuit, comment veux-tu que le soleil me fasse saigner ?
Non, non, non, c'est quand je m'énerve que ça saigne.
On parle de ton sang là, pas de celui des autres.
Il me faut un mouchoir, il me faut un putain de mouchoir parce que sinon je vais rester bloqué pendant des heures à me regarder me vider.
Trois petites gouttes de rien du tout et tu nous fait déjà une scène ?
Merde merde… Ah putain, c'est dégueulasse.
C'est quoi ça ? … Mon portable qui sonne… où est encore allé se cacher cet enfoiré, putain mais qui peut m'appeler à cette heure-ci ? !
Allons, je suis sûr que t'en as une idée…
Ouais allô ! Ouais… Non. Non j'te dis, franchement, c'est pas possible, tout le monde dort et tout, j'peux pas sortir, tu vois le genre…
Pourtant ça t'éclatait bien avant d'y aller, en plus tu rentrais toujours avec de quoi t'enfumer.
Oui, on se voit bientôt, c'est ça, ciao, bisous.
Merveilleux.
Et ce skeud… où est-ce que j'ai foutu ce putain de skeud…
C'est ça de fumer, ça te grille les neurones à force…
Ah, le voilà… ah non c'est pas le moment le chat, dégage.
En voilà des manières, il ne veut que des caresses, depuis quand tu refuses ça ?
Un mouchoir… ah, voilà… On… Insert Disc… c'est fait connard, magne-toi… Play.
Voilà que ça le reprend…
Putain que c'est bon…
Tu sais que t'as vraiment l'air d'un con lorsque tu danses alors que tu es dans un état disons… autre ?
Il fallait que je fasse un truc, mais je sais plus quoi…
T'as toujours un truc à faire de toute façon, c'est ta manière à toi de remplir le vide de tes journées.
Ah mais DEGAGE putain, reste pas dans mes pattes !
Non, toi tu as des jambes, c'est le chat qui a des pattes. Et puis cesse ta vulgarité, tu crois impressionner qui, les murs ?
Ah oui, fallait que je roule. Et puis un thé avec ça aussi… hmm… pomme-vanille, non, menthe, non plus, citron encore moins… Ah, à la rose, parfait.
J'ai toujours su que tu cultivais encore ton côté pédale de bon marché. N'oublie pas le sucre.
Quelle heure il est ? Seulement… bon, tant pis.
Voilà que ça le reprend, il est intenable, on lui donnerait des claques, je vous assure.
Et merde…
Achète des slims, tu sais bien que les collages et toi, c'est un peu comme la vodka chez un gosse de trois ans, ça le fait pas trop.
Pourquoi t'as pas pris de veste ? T'es en train de te geler les couilles. Remarque, pour le peu qu'elles te servent, on va pas dire que c'est une grande perte.
Fais froid…
Gnah gnah gnah, toujours à se plaindre, fume ton putain de cal' et rentre te mettre au chaud, imbécile.
…
Ah non, il va pas se remettre à chialer quand même !
Allô ? Ouais… ouais j'peux me démerder pour venir en fait.. ouais… bah d'ici une heure. Ouais t'inquiètes, c'est ça, bisous, à toute…
Abruti. Bon… on y va ?
On y va.
Publié par ambre
Vendredi 1er février 2008 à 21:24
Je coule dans les abysses démoniaques de mes propres travers, et tout cela ne m'enchante guère. Je suis tel un aigle à l'affût de sa proie, mais je ne trouve que cendres et restes de feux à demi consumé.
La passion n'est guère qu'un passe-temps agréable pour la plupart des gens, pour moi, cela relève du calvaire romantique du XVIII° siècle, l'étiquette en moins.
Les violons de la haine déchirent allègrement le cœur même de ma mémoire, et, dans un effort surhumain, je résiste à la tentation d'arracher, mordre, griffer, hurler, étriper, éventrer et démembrer tout être humain que je croise, et qui, par son sourire, est une insulte à ma condition de demi-humain.
Le piano de la romance, lui, n'arrive pas à se mettre au diapason de la constellation de sentiments et d'émotions qui s'éveillent et meurent à chaque instant en moi. J'assiste là, solitaire et impuissant, au démantèlement de mon âme et aux exactions imaginaires de quelques soldats de la mort, creusant à l'intérieur même de ma carapace de glace un immense charnier où brûleront les restes de mes envies.
Assis sur ma chaise, la bouche close et les yeux bandés, incapable de sortir de ce cocon meurtrier et pourtant si protecteur, je contemple mes proches sortir peu à peu de leur chrysalide, s'épanouir et s'envoler par un fugace rayon de soleil, avant qu'un coup de vent ne balayent leurs futiles tentatives d'émancipation, et qu'ils se retrouvent par terre, brisés à jamais, et incapables de rebondir.
Je ne prends pas ce risque, pas par lâcheté, tout simplement parce que je n'en ressens pas le besoin, j'aime ma situation, j'aime me complaire dans une inactivité morbide qui me tuera plus sûrement que mes sursauts de folie droguée.
On me parle d'amour, je réponds la haine. On me parle de faire l'amour, je parle de commettre un meurtre. Jeux perdus d'avance pour qui ne sait pas s'en écarter, pour qui ne sait pas tirer un trait, pour qui ne sait pas avancer.
Ainsi, je perds inlassablement, jamais mauvais perdant, toujours bon joueur, et résultat connu d'avance. Aimable non-routine d'une vie non-casanière.
Moments de solitude ardemment souhaités contrastant avec le désir d'autrui, avec le désir de savoir saisir une occasion et de ne pas la lâcher, avec le désir d'un baiser passionné dans la froideur d'une nuit d'hiver.
La lumière des lampadaires faiblit, et c'est ainsi, en parfait inconnu, que l'on passe devant les lieux du crime, que l'on se laisse emporter par l'envie d'un dernier souvenir, d'un dernier bond en arrière, avant de se rappeler que l'on a une vie à foutre en l'air, et que le meilleur moyen pour le faire reste d'avancer à l'aveuglette, et de dégoupiller sa grenade à l'avance.
Tant de noms, tant d'expressions pour désigner un mode de vie à la fois craint et respecté, subi et choisi, et surtout, mérité.
Des noms et des visages, qui ne collent pas tous ensembles. Comment se rappeler ? Pourquoi fournir cet effort ? Histoire d'un soir déjà révolues ou secrètement reprises avant de s'endormir.
Sommeil, qui me fuie si bien et que je désire sans cesse éviter, mais qui me prend toujours quand il ne le faut pas, quand je ne dois pas sombrer, et qui me fatigue plus que d'être resté éveillé.
Le temps me fait défaut, et la raison aussi, je ne cherche pas à blâmer ou à me blâmer, je ne cherche qu'à consolider chaque jour un peu plus les murailles de mon moi-même, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça ne marche pas tout à fait.
Sanglots étouffés et poignards affûtés, rêves d'un soir et vie d'un jour, méli-mélo de rencontres hasardeuses ou pas, feinte naïveté rimant avec désir inassouvi, pulsions grégaires repoussées pour une solitaire solitude élevée au rang d'art de vivre, et consommée avec frénésie.
L'idée même d'un revirement de situation paraît incongru, et même inconcevable, comme si le train qui me relie chaque jour à une nouvelle expérience, à une nouvelle débauche, à une nouvelle angoisse, ne pouvait jamais s'arrêter. La folie guette mais ne se montre toujours pas sous son vrai visage, qu'importe, elle viendra un jour, c'est certain, je pourrais toujours la provoquer. Tu l'as bien fait toi, n'est-ce pas ? Pardonnez-moi, je ne sais plus ce que je dis. Je fuis, je cours éperdument à la recherche d'une solution qui n'apparaît pas car il se trouve qu'il n'y en a aucune. Alors j'entrave ma progression personnellement, je détruit par avance le pont qui relie l'autre rive et je fais un trou dans les embarcations. De toute façon le torrent roule trop fort, il serait suicidaire de s'y lancer à la nage. Voilà bien une idée qui me plait. Se noyer et étouffer dans sa propre fange destructrice, en finir dans un assourdissant grondement qui roule et qui roule, qui déboule sans prévenir et emporte les quelques fragments de nous qu'on a honteusement baptisés " souvenirs ".
Un bidon d'huile, une livre d'eau et un bon paquet de pilules, cocktail détonnant et explosif pour un ticket de sortie à moindre coup. Game over, insert coin. Pas de bol, je suis fauché, comme d'habitude, et ce n'est pas en commettant petits larcins et représentations théâtrales que j'y changerai vraiment quelque chose. Il est vain de penser que je ne suis qu'une ombre, tout comme il est tout aussi vain de penser que je pourrais rayonner un jour. Le courant ne passe plus, quelqu'un l'a coupé, peut-être moi, je ne sais pas, mais cela ne m'avance guère. Je n'avance pas, de toute façon, quitte à me répéter.
Un accord de guitare qui résonne et je démarre au quart de tour, prêt à rentrer dans la danse enfiévrée de l'immobilisme, virevoltant au son des canons et des morts, avec comme partenaire privilégié moi-même, dans ma version " j'aurais pu être ", il est beau, il est souriant, bref, monsieur tout le monde qui a bien réussi. Mais quelque chose cloche, peut-être le flou qui barre son visage, ou encore son œil droit, démesurément perçant et captivant. Il me donne envie, envie de lui, envie d'être à son image, envie de lâcher ce qui n'est plus nécessaire, mais l'illusion, car c'est cela qu'il est, finit par disparaître, tout comme l'orchestre, tout comme les danseurs. Et je me retrouve seul.
Alors je fais ce que j'ai toujours fait, en dehors de mes petits jeux sanglants et psychologiques. Je m'annihile la raison et la pensée, pour ne pas avoir mal, pour oublier, comme un vulgaire dépravé de la vieille école, presque devenu un cliché.
J'arpente enfin un couloir, sombre et humide, bien évidemment, que veux-tu que ce soit d'autre ? Nulle lumière au bout, cela paraît évident.
Quelqu'un, une main tendue, un sourire, je déteste ça. Un baiser, j'aime mieux ça. Les va-et-vient enivrants d'une lame ensanglantée rajoute au ténébreux de la situation, je lâche l'objet du crime, il se brise et me brise.
Brisé, enchanté, remodelé, à nouveau cassé, ne reste que quelques petits bouts éparpillés que tout un chacun viendra ramasser, commenter, et peut-être même regretter. Mais la destination sera la même, encore et toujours, un dernier verre en guise de salut, un dernier joint en guise de souvenir, un dernier trip en guise d'empathie et un dernier fix en guise d'aurevoir, comme un dernier jour d'été avec Vivaldi.
La suite ? C'est une autre histoire, que j'ai bien peur de ne jamais pouvoir écrire, ni Ambre, ni Snarkk.
Publié par ambre
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