Je me rends compte qu'il m'est de plus en plus difficile d'écrire depuis un moment, parce que je n'ai plus vraiment le temps déjà et aussi parce que je n'en ai plus l'envie, ou si peu.
Des fois je me dis que c'est dommage, d'autre fois je m'en fous complètement en me disant que ça me fait passer encore un peu moins de temps devant un écran.
Je n'ai plus l'envie, la fibre, la foi, appelle ça comme tu veux.
C'est d'autant plus con que je viens de me lancer dans un journal, mais baste.
Naïvement, j'ai toujours pensé qu'écrire c'était passer du temps avec soi-même pour raconter aux autres quelque chose qui nous semble futile ou essentiel, là n'est pas le problème.
Mais non, l'écriture est un travail. Tout comme le dessin, le chant, l'apprentissage, les loisirs, les déplacements et même le temps, oui le temps, cette saloperie de grille horaire où l'on case des heures de production pendant la moitié de la journée et des heures de "loisirs" et de sommeil le reste, où l'on contribuera à l'accomplissement du travail productif en achetant ou tout simplement en se reposant pour...
Pour ?
Pour se lever le lendemain et passer une journée semblable à celle de la veille ? Et de l'avant-veille ? Et de l'avant-avant...
Avant... on ne se jette plus en avant, un côté de notre monde se cramponne autant que possible à ses acquis et tente de faire reculer les forces ascendantes qui veulent, veulent...
Veulent ? Veulent quoi ?
La paix ?
L'amour ?
La liberté ?
Qu'est-ce que ça veut dire tout ça pour toi ? Et pour moi ? Et pour nous ? Et pour eux ? Tu verras comme ça en fait, des nuances !
Ce monde qui se ruine, ces gens qui s'entre-tuent consciencieusement nous donnent au moins l'opportunité de saisir notre instant présent, pas celui du révolté indigné que nous sommes mais celui de la personne ivre de vie qu'on aimerait toujours être.
Quand on a approché le fond d'un peu trop près, on réapprend vraiment à apprécier de vivre. Vivre, ce n'est pas un mot, ni un concept, ni une putain de philosophie new-age, c'est simplement une sensation, un instant. Une drogue peut-être ? Même pas.
L'ivresse de la vie te fait envoyer chier tout ce qu'on appelle des normes, des conventions, des comportements citoyens. Si tu as des gens à rencontrer, ce ne sont que des amis ou de nouvelles connaissances, des proches d'un jour ou plus, la meute.
Seule la meute compte désormais, tu oublies le sens du mot amour - en a-t-il déja eu un ? - et tu (ré)apprends celui du mot passion. Tu te rappelles à quel point c'est le pied d'être au pieu et à quel point c'est triste, un couple.
Je comprends les joueurs, ils ont 35 chances de ne pas se faire mettre, et ils mettent, ils mettent...
Tu te rappelles les cris, les pleurs, les tensions, les engueulades, les larmes, cette saloperie de noeu au ventre qui sont les propres d'un couple standardisé XXIEME SIECLE REPRESENTE BABY!
Tu en viens à penser que le couple, c'est une invention qui permet à une personne d'infliger - à un moment ou à un autre - une douleur phénoménale à une autre personne. Le couple, c'est ce qui tue deux personnes, les éloigne l'une de l'autre dans un amas de sourires figés, de rancoeur sourde, d'incompréhension mutuelle, de lassitude et finalement de méconnaissance totale de la personne qu'on dit aimer.
Si tu veux te rapprocher d'une personne, couche avec elle, y a que ça de vrai.
Y a rien de plus fort qu'un premier amour, les autres suivent une pente ascendante ou descendante dans l'intensité mais plus tu avances, plus tu essayes de construire et plus tu te rends compte que ton propre espace sentimental est obstrué par les éboulements ou les tremblements de terre, empêchant toute fusion avec l'autre. Et c'est comme ça, tentative après tentative. Reculer pour mieux sauter, avancer pour mieux y croire.
D'un autre côté, plus le temps passe, plus tu accumules une sale expérience, celle du sexe.
Plus tu vieillis, moins tu es apte à aimer, et plus à baiser.
Va savoir pourquoi on s'échine à construire sur ce qu'on sait faire de moins.
Voilà, c'est tout, du freestyle à - pourquoi pas - méditer.